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Colloques 39e colloque national

« Ne laisser aucun élève au bord du chemin : utopie ou feuille de route ? »

Colloque national à Nancy les 10/11/12 mars 2017

 

Notre culture éducative française est fortement empreinte d’universalisme, de démocratisation, de « réussite pour tous ». Ces valeurs nous ont permis de construire depuis plus d’un siècle, un système éducatif de plus en plus exhaustif et inclusif. Il est indéniable que ce système et ses acteurs ont réussi une élévation remarquable de la formation et du niveau de qualification de la grande majorité des jeunes.

Mais ce principe universel se traduit souvent par l’uniformité prescriptive des pratiques, par l’unicité de l’excellence, et par des difficultés grandissantes à prendre en compte les « singularités » des élèves. La réussite pour tous n’est pas aujourd’hui la « réussite de chacun ».

Le chemin des apprentissages et des parcours scolaires commence à l’école, dès l’école maternelle. On « décroche » aussi à l’école dans les apprentissages du langage, des nombres. Le chemin se poursuit tout au long du socle commun dans le collège unique où la difficulté des élèves peut alors se transformer en découragement, agressivité, absentéisme. Au moment de l’orientation, les filières sont parfaitement hiérarchisées, scolairement et socialement. Dans les lycées, qu’ils soient professionnels ou généraux et technologiques, ce chemin continue et l’on voit alors apparaître le décrochage au sens de l’abandon de scolarité, dont les causes sont souvent une « marche ratée » bien auparavant. Tous les niveaux sont donc concernés par cette grande question, y compris l’entrée dans l’enseignement supérieur, parcours qui connaît lui aussi de nombreux abandons.

Comment prendre en compte les « singularités », à l’école, au collège, au lycée, dans la classe, avec nos partenaires ? Comment conduire chaque élève sur le chemin des apprentissages, sur son propre chemin de progression ? Comment le faire progresser par rapport à ses acquis individuels et non pas seulement par rapport à une norme fixée pour tous ? Comment repenser une diversification du système qui ne soit pas hiérarchie, instrument de sélection, ségrégation ? Comment favoriser des parcours adaptés à chacun pour que le décrochage diminue significativement et pour diplômer un plus grand nombre de jeunes ? Comment s’adapter aux fortes singularités des enfants de la grande pauvreté, des jeunes arrivants non francophones, des élèves en situation de handicap ? Comment tenir compte des singularités des territoires et des établissements ? Comment ouvrir notre école pour mieux travailler avec nos partenaires, et sur quoi ? Comment développer une co-éducation avec tous les parents en respectant leurs singularités ? Comment mieux comprendre et intégrer les multiples apprentissages des enfants et des adolescents hors de l’école ? Comment mieux utiliser nos marges de manœuvre pour innover ?

Il s’agit du plus grand défi pour l’avenir de l’éducation : conserver notre exigence universelle en y ajoutant une bonne dose de confiance et de bienveillance, d’attention à chacun, de moindre prégnance de la norme. Nous savons très bien trier, il nous faut aussi former chacun des élèves ! Il existe quatre raisons majeures pour relever ce défi. Car la sélection éducative ne réduit pas les inégalités sociales mais semble bien les accroître aujourd’hui. Car la non prise en compte du chemin de chaque élève nous conduit à gâcher des talents. Car les parents et les jeunes nous demandent cette évolution. Car il n’est pas admissible ni souhaitable économiquement que 110 000 jeunes sortent chaque année de formation initiale sans diplôme.

Ce défi est particulièrement difficile à relever, il nécessite la mobilisation de tous. Ce sont les échanges professionnels, les analyses d’expériences réussies, les leçons tirées des échecs qui nous feront progresser pour que cette utopie se transforme enfin en feuille de route. C’est l’objectif de notre colloque national 2017 de l’AFAE, ambitieux mais passionnant.

Catherine Moisan Présidente de l’AFAE